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La lettre de Bernard Poignant

      • N°24 Février 2012

      • Parcours présidentiel

      • Quand François Hollande s'est-il dit qu'un jour il serait candidat à la Présidence de la République française ? Nul ne le sait. C'est un secret bien gardé. Mais une telle décision ne vous vient pas comme une envie subite. J'ose cependant émettre une date : 1997. Le 1er juin de cette année-là, Lionel Jospin devient Premier Ministre après une victoire aux élections législatives consécutive à une dissolution de l'Assemblée Nationale. Il a été deux ans auparavant candidat à l'élection présidentielle. Il se doutait bien que les Français choisiraient l'alternance après deux septennats de François Mitterrand et deux échecs aux législatives de 1993 et européennes de 1994. Mais la campagne fut enthousiaste et le résultat encourageant.

        Désormais installé à l'Hôtel Matignon, Lionel Jospin doit quitter le Premier Secrétariat du Parti Socialiste et proposer un remplaçant en attendant le congrès de Brest de novembre. Comme François Mitterrand l'avait choisi lui-même en janvier 1981 en attendant le congrès de Valence d'octobre suivant. Son choix se porte sur François Hollande, son porte-parole pendant la campagne présidentielle deux ans plus tôt. Il n'appartient pourtant pas au « courant » dit Jospiniste. Au milieu des années 80, Lionel Jospin n'avait pas particulièrement apprécié ce groupe de jeunes trentenaires baptisé « transcourants », rompant ainsi les codes du Parti socialiste.

        Mais c'est ce quadra qu'il retient et qu'il propose aux instances dirigeantes. Il a remarqué sa ténacité en Corrèze, sa combativité pour enlever ce département à Jacques Chirac, sa fidélité à cette terre de granit et de Résistance avec laquelle il n'avait pas d'attaches de départ, sa réactivité quand il faut réagir à la Droite, sa placidité pour encaisser tous les coups, sa disponibilité de tous les instants car l'homme et le militant ne se plaignent jamais. Il faut ajouter la force de son verbe à la tribune et sa bonne connaissance des problèmes de la France et des dossiers de l'Etat.

        Je fais le pari que ce jour-là François Hollande a pensé à une future candidature à la Présidence de la République. Comme Lionel Jospin après le choix de François Mitterrand pour le remplacer rue de Solférino après sa victoire du 10 mai 1981, François Hollande lui succéderait après le choix de Lionel Jospin consécutif à sa victoire du 1er juin 1997. Le congrès de Valence avait confirmé Lionel, le congrès de Brest confirmerait François. Tout cela dans une sorte de parallélisme des formes dans la succession.

        Voilà donc en réalité quinze ans que François Hollande se prépare à cette campagne et à cette fonction. Evidemment il aurait pu être candidat plus tôt, notamment en 2007. Deux événements ont contrarié ce parcours. Le 21 avril 2002 d'abord ! Car c'est un secret de polichinelle : en cas de victoire de Lionel Jospin, un grand ministère l'attendait, peut-être même Matignon. Son histoire prenait alors une autre tournure. Le deuxième événement c'est le 29 mai 2005 quand les Français disent non par référendum au Traité constitutionnel européen. Et ils le font par un score sans bavure. François Hollande en a été un ardent défenseur, fidèle à ses convictions européennes de toujours. Mais le Parti Socialiste se divise, se déchire même. Comme Premier secrétaire il sort affaibli de cette épreuve. Sa mission est de recoller les morceaux, d'éviter que l'Europe creuse les déchirures et provoque des séparations. Il n'est donc plus en situation pour 2007. Faut-il ajouter un troisième événement d'ordre personnel et intime. Certainement que lui aussi a sa part dans son histoire et donc dans ce parcours présidentiel. Une séparation après une longue vie commune et l'éducation de quatre enfants ne se fait jamais dans l'allégresse et la facilité. Laissons-lui cet autre secret de vie. Tout le monde aujourd'hui constate son bel équilibre de vie et d'affection.

        Le redémarrage de ce parcours reprend après le congrès de Reims de novembre 2008. Ce congrès a été calamiteux. Deux présidentiables du moment s'affrontent à demi-mot : Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Un autre à Washington veut préserver ses chances de retour. Tout cela débouche sur une élection contentieuse et contestée de la Première secrétaire. On parle de recommencer les votes, d'aller en justice, de procès en illégitimité. François Hollande cesse d'être Premier secrétaire après 11 ans de bons et loyaux services. Il prend alors de la distance, essaie d'introduire un peu de bon sens dans la constitution des listes aux élections européennes. En vain ! Leur résultat est un désastre pour le Parti Socialiste. Au même moment, sa mère décède et c'est encore une épreuve douloureuse.

        Le grand départ sera son discours devant ses amis à Lorient le 27 juin 2009. A Lorient parce que c'est là qu'il retrouvait ces mêmes amis et d'autres depuis les années 80. Pour lui la présidentielle de 2012 commence vraiment là. Il fallait mal le connaître pour penser qu'il n'irait pas jusqu'au bout quels que soient les candidats qui se présenteraient aux primaires citoyennes. Il fallait mal le connaître pour le dire mou, indécis et fluctuant. Il faut toujours mal le connaitre pour attendre son effondrement comme le laissent entendre les confidences de l'Elysée. Les Français peuvent très bien choisir un autre Président que lui, pas en tous cas pour ces raisons-là.

        La semaine du 22 au 26 janvier semble avoir surpris beaucoup, à gauche comme à droite, chez les journalistes et les politologues, les sondeurs et les sondés. Il aura suffi d'un discours enflammant au Bourget suivi d'un entretien réussi à TF1 le soir, d'un projet équilibré à la Maison des Métallos suivi d'un débat sans faute à France 2 pour regarder François Hollande avec d'autres yeux. Mais il n'a pas changé, sauf à réduire la conviction politique à la perte de quelques kilos !

        Ce parcours n'est cependant pas fini et loin de l'être. François Hollande n'a pas encore gagné l'élection présidentielle. Rien n'est joué et tout est possible. Il le dit et le répète et là encore on ferait bien de l'écouter car son propos n'est pas de pure tactique ou de simple circonstance. Les Français n'ont pas arrêté le chemin qu'ils feront prendre pour cinq ans au cours de leur histoire. Beaucoup espèrent que le chiffre 22 se répètera avec lui : investi le 22 octobre, « consacré » le 22 janvier, choisi le 22 avril et donc installé le 22 mai ! C'est le destin que nous sommes nombreux à lui souhaiter.
         

 
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