Il faut comprendre : recevoir un mauvais bulletin de notes à la veille de l'examen, c'est plutôt désagréable. Le superstitieux y verra un mauvais présage puisque cela arrive un vendredi 13. L'amateur d'histoire repèrera que c'est à 100 jours de la première épreuve. Dans la mémoire des Français, les Cent Jours finissent mal, dans une cruelle défaite.
Alors il faut réagir et vite. La meilleure défense, c'est l'attaque. D'abord dire que ce n'est pas grave de perdre ses Trois A. C'est sans importance, ce n'est pas un drame, on s'en remettra, la France en a vu d'autres, on a quand même bien travaillé avec toutes ces réformes. D'accord on perd un A mais il en reste deux. Un petit effort et on retrouvera le premier.
Il y a quand même quelques regrets. Il y a quelques mois, certains auraient mieux fait de se taire. Le Président lui-même, aujourd'hui candidat, déclarait le 24 juin, après un Conseil Européen à Bruxelles : « Je n'ai pas été élu pour que la France connaisse un jour les problèmes de la Grèce, de l'Irlande ou du Portugal ». L'air de dire : nous on est des gens sérieux. Deux jours plus tard, le 26, un conseiller zélé à l'Elysée en rajoute : « Avec les socialistes, on aurait perdu notre AAA ». Il n'y a pas eu besoin des socialistes : c'est fait et c'est à eux de réussir à le retrouver.
Même le Premier Ministre le 19 août dans une tribune publiée par le Figaro y va de son couplet. Il reproche même aux socialistes et notamment à François Hollande de proposer la création d'obligations européennes. Il prévoit alors le pire : « cela renchérirait le coût de la dette française et pourrait même remettre en cause sa notation ». Là encore, c'est fait sans les « euro-bonds ». Lui au moins ne doit pas être surpris qui a dit dès 2007 qu'il était « à la tête d'un Etat en faillite ».
Et le festival continue. La presse rapporte que le 7 septembre, lors d'un déjeuner de la majorité, le candidat s'avance : « Nous avons un objectif et une obligation : conserver le AAA ». Quatre mois plus tard, c'est raté. Le 18 octobre, c'est Fillon qui enfonce le clou : « Le triple A est un acquis extrêmement précieux, qu'il ne faut en aucun cas fragiliser ». C'est vrai que cette agence l'avait décerné à la France le 25 juin 1975, l'année où l'actuel Premier Ministre devenait assistant parlementaire.
Le Ministre de l'économie n'est pas en reste ce jour-là : « Nous serons là pour conserver le triple A. C'est une condition nécessaire pour protéger notre modèle social ». Ils sont toujours là sans le triple A. Et s'il fallait qu'ils partent pour qu'on le retrouve !!
Il faut donc faire oublier toutes ces déclarations, trop récentes pour avoir disparu de la mémoire. Solution ; c'est de la faute des autres. Ce déni de responsabilité est affirmé avec un culot monstre. Tout cela remonte à trente ans, disent les uns. Faites le calcul : c'est la faute à Mitterrand, le premier des François. Quand on pense à ce qu'a dit Sarkozy au moment de son installation à l'Elysée : « François Mitterrand a incarné l'alternance à un moment où elle devenait nécessaire pour que la République soit vraiment à tous les Français ». Il ne devait pas vraiment croire ce qu'il disait !
Mais ce n'est pas suffisant. C'est la faute à Hollande, le deuxième des François. Il n'y est pas encore mais c'est quand même lui le responsable. Il ne veut pas mettre cette règle d'or dans la constitution. Mais pourquoi le faire ? Il suffit de bien gérer et de respecter les traités. Il s'est opposé à la réforme des retraites mais il avait été dit que celle-ci réglait tout et rassurait marchés et agences. C'était donc faux et illusoire.
C'est le moment de redonner le jugement d'Eric Besson sur Nicolas Sarkozy en 2006. Il était cette année là Secrétaire National du Parti Socialiste et chargé d'un rapport sur l'action et les propositions du futur candidat. Pages 5 et 6 de son introduction, il le décrit ainsi : « Nicolas Sarkozy actionne le parachute de secours, celui de la défausse. Car celui qui se décrit comme un pieux catholique n'aime rien tant que battre sa coulpe sur la poitrine des autres : il n'est, par essence, jamais responsable ».
Et voilà que maintenant Fillon interpelle Hollande par presse interposée : « Qu'il soumette son projet à la notation ». Bien sûr qu'il le fera : son agence c'est le peuple français qui rendra son verdict dans un peu plus de trois mois. Cette agence souveraine donnera en même temps sa notation sur le bilan des Sarkozy. On verra alors !
Une chose est au moins sûre : l'agence Fitch, une des trois sur le marché, a annoncé qu'elle n'abaisserait pas la note de la France en 2012. Encore heureux : son principal actionnaire est le français Marc Ladreit de La Charrière qui a été élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'Honneur il y a quelques mois. Et en plus il a été vice-président du groupe L'Oréal de 1984 à 1991. Il a bien dû rendre quelques services !
A tous, je suggère de se rappeler cette phrase d'Albert Einstein : « Il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre ! »
PS : TF1 vient d'annoncer la candidature de Nicolas Sarkozy. En effet la chaîne a déjà arrêté les dates de passage des candidats à son émission « Paroles de candidats ». Pour François Hollande c'est le 27 février. Pour Nicolas Sarkozy, c'est le 12 mars.
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